LE FIGARO : Condamné pour soutien au terrorisme, un Français clame son innocence depuis le Maroc

Thomas Gallay est emprisonné au Maroc depuis bientôt un an. Il a été condamné à 6 ans de prison pour soutien financier à des personnes en vue d’acte de terrorisme. Cet ingénieur français de 37 ans affirme, notamment par la voix de sa mère, avoir été condamné sur la base d’aveux qu’il n’a pas faits.

«Une vie gachée», confie Béatrice Gallay, la mère de Thomas, au Figaro. Son fils est enfermé depuis le 18 février 2016 au Maroc dans la maison d’arrêt de Salé pour des faits qu’il réfute avec force, notamment par la voie de sa mère et de ses avocats, Me Jamaï et Me Berton. «C’est inhumain la souffrance qu’il endure», confie Béatrice Gallay qui lutte depuis bientôt un an, pour que son fils soit reconnu innocent. «C’est très dur nerveusement, mais cela peut arriver à n’importe qui, c’est aussi pour ça qu’il faut en parler». Thomas a été condamné, en juillet, sur la base de dépositions qui ne lui ont pas été traduites dans lesquelles il affirme s’être converti et adhérer à une idéologie islamique. Non seulement, Thomas Gallay ne lit pas l’arabe mais il ne s’est pas non plus converti. C’est en lui affirmant qu’il s’agissait de «documents internes» selon sa mère qu’on lui a fait signer ces «aveux».

Depuis septembre, Béatrice Gallay a fait appel au médiatique Frank Berton pour le procès en appel. «Il me l’a confirmé, l’affaire a besoin de médiatisation, sinon Thomas va finir oublié au fond de sa cellule». L’avocat lillois prend le dossier pour une procédure en appel qui ne cesse d’être allongée. Le dernier report en date a eu lieu mercredi, le président de la Cour a annoncé que l’audience n’aurait lieu que la semaine suivante, en invoquant «des contraintes personnelles». Le procureur marocain avait néamoins requis, début janvier, la même condamnation qu’en première instance, 6 ans de prison. Frank Berton devait s’exprimer devant la Cour le 18 janvier, son intervention est pour l’instant repoussée au début du mois de février. Autre difficulté pour l’avocat: le tribunal a refusé qu’il ne plaide en français. «Pour lui, c’est incompréhensible, il a déjà plaidé en français au Maroc», confie Béatrice Gallay. Désormais Frank Berton est en négociation pour pouvoir défendre Thomas Gallay normalement.

Le cauchemar débute en février 2016

Thomas Gallay est un ingénieur de 37 ans arrivé au Maroc en 2014 où il travaille, à Essaouira. Sur place, il rencontre un homme, un agent immobilier, pour lui trouver un logement. Il reste en contact avec la personne, «ils se revoient comme des connaissances», affirme Béatrice Gallay qui est désormais sur place au Maroc pour rester proche de son fils. Quelques mois plus tard, Thomas Gallay coupe le contact, témoigne sa mère, les deux hommes ne se voient plus. Mais Thomas Gallay avait donné 70 euros en trois fois à cet homme, qui se serait entre temps radicalisé. Ces dons lui seront reprochés par la justice marocaine. Des dons insignifiants et sans volonté autre que d’aider une connaissance pour l’ingénieur français, «une fois parce qu’il l’a aidé parce qu’il se plaignait d’un mal de dents et qu’il voulait aller chez le dentiste, mon fils lui a donné de l’argent», raconte Béatrice Gallay.

Son fils a beau avoir coupé tout contact avec cet homme, le cauchemar débute en février 2016. le 18 exactement, la police l’arrête chez lui à Essaouira. L’arrestation a lieu dans le cadre d’un coup de filet antiterroriste: Thomas Gallay est arrêté pour être interrogé avec 9 autres personnes.

«Il n’en revient pas», confie sa mère «mais les policiers l’ont rassuré en lui disant qu’ils savaient qu’il n’avait rien fait, que c’était juste une interrogation à propos d’une personne qu’il connaissait». Le Français pense devoir répondre à de simples questions. À aucun moment il ne se sent suspecté de quelques actes en lien avec le terrorisme. Mais c’est bel et bien une garde à vue que va connaître Thomas qui a un casier judiciaire vierge. Douze jours durant lesquels, il aura eu le malheur, selon lui et ses défenseurs, de signer des dépositions qui lui ont été présentées comme des papiers internes visant à sa libération. Des documents écrits en arabe, langue qu’il ne lit pas, et qu’ils ne lui ont pas été traduits. Or, ces écrits contiennent des «aveux qu’il n’avait jamais faits. Dans les documents, il affirme s’être converti à l’Islam et soutenir des thèses terroristes. Thomas est alors inculpé puis enfermé en l’attente d’un procès, malgré plusieurs demandes de libération.

«Le noeud du problème est qu’il n’y avait pas d’interprète lors de la signature des dépositions»

Thomas Gallay ne découvre le contenu de ces procès-verbaux qu’une fois au tribunal, lorsque son avocat les lui traduits. Il les réfute immédiatement. Mais le 14 juillet 2016, il est condamné à Rabat à 6 ans de prison pour 3 chefs d’accusations: soutien financier à des personnes en vue d’acte de terrorisme, tenue de réunion publique sans déclaration préalable et organisation d’activités au sein d’une association non déclarée. «Mon fils a été condamné sur la base de dépositions qui ne correspondent pas aux déclarations qu’il a faites. Il n’y a aucune autre preuve», dénonce Béatrice Gallay. Elle est présente le plus possible à Rabat pour soutenir son fils et suivre l’affaire au plus près avec l’avocat marocain Me Jamaï.

«J’aimerais avoir le soutien ferme et public de l’État français mais on m’a dit de rester discrète à propos de mon fils tant qu’il n’y avait pas de décision de justice et mainteant qu’il y en a une, on me dit que c’est dur d’agir». Le ministère des Affaires étrangères français affirme suivre l’affaire et croire en l’innocence de Thomas Gallay mais a rappelé que le terrorisme est un sujet très sensible au Maroc. «Le noeud du problème est qu’il n’y avait pas d’interprète lors de la signature des dépositions et c’est une violation du droit international», affirme Béatrice Gallay avant d’ajouter: «Il faut parler du rôle de la France qui doit dénoncer cette violation». Comme l’ont écrit ses avocats au Ministre des Affaires Etrangères et au Ministre de la Justice français, la manière dont ces procès-verbaux ont été signés est une «une violation des droits les plus élémentaires qui doit être dénoncée». Un comité de soutien épaulé par trois ONG, Human Rights Watch, Amnesty International et de la Fédération Internationale des ligues des Droits de l’Homme (FIDH), a lancé une pétition qui vise à la mobilisation en faveur de Thomas Gallay. La prochaine audience aura lieu le 25 janvier. Me Berton devrait plaider, une semaine après, le 1er février et la décison en appel devrait intervenir le même jour. Sa mère, très usée cette affaire, espère que son fils pourra reprendre le fil normal de sa vie, «Thomas est un homme droit et honnête».

Une pensée sur “LE FIGARO : Condamné pour soutien au terrorisme, un Français clame son innocence depuis le Maroc

  • 21 février 2017 à 9 h 11 min
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    C’est terrible ce qui arrive à cet homme et à sa mère !

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